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L’affranchi

Capture de la vidéo « Stories #2, L’affranchi jardinier » de Step Aside Project

Il y a déjà bientôt deux ans nous visitions un lieu enchanteur à Herbignac en Loire-Atlantique, bien caché cœur du Parc naturel régional de Brière. Au bout d’un long chemin s’enfonçant dans cette immense zone marécageuse, nous attendait une rencontre qui nous bouleversa et qui reste l’une des plus belles ayant forgé notre cheminement.

Contexte

Annick Bertrand et Yves Gillen se sont installés dans ce coin sauvage il y a un demi-siècle. Leur but était de réduire leur dépendance à cette société de consommation qu’ils dénonçaient déjà. Il furent parmi les premiers à adopter un mode de vie permaculturel, minimaliste, résilient et autonome, en réponse au glissement mercantile du monde. Écologistes dans l’âme et amoureux de la nature tous les deux, ils investissent progressivement les lieux, plutôt hostiles au premier abord (des marais), apprenant sur le tas les principes d’agroécologie et du jardinage au naturel. Ils les façonnent petit à petit, les transforment au fil des années en jardin ornemental et potager extraordinaire, avec en permanence en bandoulière, l’art et la poésie.

Immersion

Après avoir trouvé puis poussé un petit portillon entouré de végétation, surveillés avec malice par quelques petites sculptures d’argile ou de métal disséminées ça et là, puis arpenté un petit sentier tortueux, nous rejoignons le maître des lieux attendant ses ouailles dans une alcôve luxuriante. Dans les années 90, Annick et Yves décident d’ouvrir leurs portes et faire visiter leur antre, un modèle d’autonomie, voire d’autarcie, comme le mentionne le sous-titre du livre écrit par Annick, Les affranchis jardiniers, un rêve d’autarcie, que nous vous conseillons fortement d’acheter en direct si vous passez par là, ou chez l’éditeur Ulmer.

Après de brèves présentations, Yves, fidèle à lui-même et au personnage qu’il s’est formé, brise la glace avec quelques blagues bien rodées pour titiller son auditoire. Rien, dans cette société industrialisée et ce système marchand paroxystiques, n’échappe à la vivacité de son esprit et ses punchlines acérées. Pour cause, il n’a jamais eu le consensuel en leitmotiv et la vie ne lui a pas fait beaucoup de cadeaux.

Il y a un système déjà inventé qui marche, la forêt. Les arbres étaient là bien avant l’homme. On est les petits derniers arrivés. Méfions-nous, on pourrait être les premiers à repartir.

Yves Gillen

Nous buvons ses paroles, nous acquiesçons à ses constats, nous relançons ses explications, nous notons avec avidité ses conseils. À chaque détour de sentier, nous nous émerveillons de l’ingéniosité et de la malice avec lesquelles Les jardins du marais sont aménagés. Nous pourrions nous perdre à jamais dans ce dédale, tant dans ce patchwork floral vivant, les sens sont à la fête, les odeurs et les couleurs s’entremêlent les unes aux autres.

Intarissable sur de nombreux sujets, Yves propose de nous installer dans sa maisonnette et partager une infusion afin de continuer nos discussions. Il aura détecté chez nous des âmes à qui s’ouvrir et parler davantage, à qui confier d’autres bribes du parcours qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui : un témoin vivant, un modèle, avec ses fêlures, de vie alternative. Avant de le libérer après cette journée bien remplie et reprendre la route, il nous offre un dernier cadeau :

Cet après-midi passé en sa compagnie nous aura marqué bien plus qu’on ne pouvait s’y attendre. Le travail acharné nécessaire à la construction de son paradis mérite notre plus grand respect. Sa philosophie raisonne énormément en nous et les émotions nées de ce partage sont encore vives. Si tu lis ces lignes, Yves, nous t’en sommes infiniment reconnaissants.

O.

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