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Quitter la ville

© Guillaume Flandre

Pourquoi partir de Bordeaux alors que tant souhaitent s’y établir ? Cette ville vend du rêve depuis plusieurs années maintenant. Plus largement, sa métropole est devenue incontournable dans la liste des destinations de celles et ceux qui envisagent un déménagement ou simplement un investissement immobilier. C’est le résultat d’une politique de longue haleine menée par les précédentes municipalités : en faire un bassin d’envergure nationale et internationale. La stratégie du million (d’habitants) visait, dit-on, à faire de Bordeaux un tremplin vers l’Élysée pour vous savez qui, mais le sort en aura décidé autrement. Pour cela, on n’aura pas lésiné sur les investissements infrastructurels et la construction de hauts-lieux instagrammables : miroir d’eau (photo ci-dessus), lignes de tramway, musée du vin, grand stade, ponts Chaban et Simone Veil, TGV, etc. L’actionnariat du BTP aura apprécié les manœuvres.

Carte postale

Mais voilà, un verso de carte postale ne brille pas. À l’évidence, une ville séculaire comme Bordeaux n’est pas extensible. Et dans notre système marchand, qui dit demande dit offre. Les classes moyennes ont vu et continuent de voir leurs possibilités d’achat reléguées alentours. Bouliac, Floirac, Cenon ou Lormont pour la rive droite, Le Bouscat, Mérignac, Pessac, Talence ou Bègles pour la rive gauche. Voire au-delà (symptôme parisien). Les habitants des quartiers populaires bordelais se retrouvent en incapacité de payer des loyers qui augmentent de façon exponentielle sans pour autant voir leurs logements rénovés. Quand des nouveaux quartiers entiers sont vendus à prix d’or sur catalogue puis sortent de terre à la va-vite en accumulant les malfaçons, d’autres sont soit disant « rénovés » pour finalement laisser place à d’autres classes. Tout cela est évidemment absent de la communication officielle, où on se concentre sur le grand centre touristique constitué par le Grand Théâtre et ses cuistots stars, les Quinconces et leurs animations régulières, le Jardin Public, la rue Sainte-Catherine, plus longue galerie commerciale à ciel ouvert de France, le miroir d’eau et les quais de déambulation dominicale, où accostent de nombreux paquebots déversant touristes aux poches à vider et particules cancérigènes de fioul lourd en plein cœur de la ville (symptôme vénitien), les fêtes du fleuve ou du vin, les feux d’artifices… Bref, l’usine à paillettes tourne à fond.

Le tissu urbain bordelais est complexe, entremêlant de nombreux réseaux comme celui des transports, accueils de petite et moyenne enfance, commerces de proximité, établissements scolaires, tiers-lieux, structures de soins… Mais aussi dynamique qu’il soit grâce à l’arrivée de sang neuf, il n’aura jamais été capable d’absorber autant en si peu de temps.

Quel choix ?

Pression immobilière, conditions de circulation et densité de population insoutenables, gamins qui grandissent sur du bitume, encerclés par la A63 et survolés par des A320… Tout cela nous met mal à l’aise. En terme de ressenti (les statistiques officielles ne sont évidemment pas communiquées), pas un jour sans problème de tram, sans bouchon sur les boulevards ou la rocade (axe marchand Benelux-Espagne, c’est dire), sans liste d’attente pour la moindre inscription, etc. Les essais effectués en famille pour relier l’école ou le collège en bus ou en vélo se concluent sur un rapport bénéfice/risque hautement défavorable. Des passages de bus aux horaires erratiques, des chauffeurs qui ne peuvent fermer les portes aux heures de pointe, hurlant pour faire descendre les usagers agglutinés, des enfants écrasés se prenant des coups de sacs. Des routes étroites et défoncées, sans espace protégé, aux nids de poules maltraitant les avant-bras et les roues, provoquant des risques de chutes innombrables, des stationnements sauvages, des poubelles jonchant de minuscules trottoirs. Quand les axes sont déclarés voies cyclables, c’est une vaste blague, le cycliste devant partager l’espace avec les bus, les 2 roues motorisées, les taxis, les trottinettes, les camionnettes de livreurs…

Si Bordeaux devait aujourd’hui se targuer d’un mot, ce serait « congestion ». Ceci étant dit, la relative proximité de l’océan, des pinèdes, des reliefs bucoliques de l’Entre-deux Mers, des lacs d’eau douce, des Pyrénées, du Pays Basque, du Périgord et surtout la LGV plaçant Paris à 2h… Tout ça est un vrai plus pour cette métropole où, pour peu qu’on en ait la chance, on parviendrait presque à ressentir son bon vivre.

Notre décision de quitter Bordeaux est prise depuis longtemps. Mais malheureusement, nos gardes d’enfants alternées nous obligent à rester dans cette métropole, dont les politiques menées ces dernières décennies ont totalement sapé la résilience. Cerises sur le gâteau, ces confinements « sanitaires » successifs n’ont fait qu’hâter la planification de notre départ malgré le récent changement de majorité politique.

O.

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