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Un an déjà, la suite

Si vous n’avez pas lu la première partie de cet article, nous vous y invitons : Un an déjà.

Nous sommes désormais en 2022 et le second permis, réalisé nous-même l’an dernier, a été accepté. Nous avons reconsulté les artisans afin qu’ils réactualisent leurs devis, validé l’essentiel et planifié la construction de notre garage atelier, multiplié les visites préalables de chantier. Les choses sérieuses commençaient.

La bâtisse au début du XXe siècle lors d’une foire aux bestiaux

Le terrassement et les fondations du garage ont commencé en fin d’hiver. Tout devait initialement s’enchaîner convenablement mais évidemment… Le contexte international, notamment cette effroyable guerre en Ukraine et les tensions sur les matériaux et l’énergie, se sont encore une fois immiscés dans la balance. Tout le secteur du bâtiment, déjà crispé par les augmentations du bois et de l’acier, s’est contracté davantage : prolongements des délais de livraison, ruptures de stocks, imprévisibilité des cours, arrêts de chaînes de production… Il nous a fallu changer 3 fois de matériaux pour la structure porteuse du garage, nous éloignant à chaque fois à contre cœur de notre vision initiale. Pour ajouter à ces complications, l’artisan chargé de cette partie n’a pas facilité la situation : absence d’anticipation, manque de communication, rendu passable des interventions. Le chantier a été menacé plusieurs fois par un climat tendu et de nombreuses incompréhensions, au point de lui retirer les derniers postes prévus à l’origine. À l’heure où j’écris ces lignes, nous en avons enfin terminé avec lui et sommes soulagés de tourner la page.

Concernant cette construction, les prochaines étapes sont le montage de la charpente, la couverture, le bardage et les menuiseries. Pour cela, nous faisons appel à une entreprise bien installée localement. Depuis le début de nos échanges, l’artisan est très professionnel, compréhensif et réactif. Un autre monde, une autre façon de concevoir le travail et la relation client. Nous ferons probablement ici un retour détaillé sur cette étape et publieront quelques stories ou posts sur notre Instagram où vous êtes les bienvenus 🙂

Pour fêter la fin de la chasse (oui, ça devrait se fêter), nous avons emmené les enfants faire le tour complet du bois jusqu’à l’étang voisin en contrebas, recenser et reconnaître les espèces d’arbres qui le composent, repérer les traces des animaux qui l’habitent… Se sentir enfin libre d’arpenter la forêt sans craindre l’accident mortel, est un plaisir viscéral dont personne ne devrait être privé. La menace que fait peser sur l’ensemble de la population rurale une corporation ultra minoritaire de gens armés préemptant abusivement les communs pour leur seul loisir, contrevenant parfois à la loi et souvent de très mauvaise foi, est devenue un déni flagrant de démocratie, insupportable pour l’énorme majorité des Français (rapport de l’étude). De nombreuses associations prennent position et si vous subissez des nuisances ou des menaces, rejoignez-les et faites du bruit. Le progrès social et environnemental a toujours été initié par le peuple et l’acte de chasse, s’il veut s’inscrire respectueusement dans le vivre ensemble, doit être à son tour sérieusement « régulé » et contrôlé. Les accidents mortels et l’impunité liée au clientélisme politique doivent cesser.

Nous évoquions précédemment les inconvénients des morcellements parcellaires cadastraux qui composent notre terrain. Nous avons décidé de nous y atteler cette année, en recherchant et contactant les propriétaires des parcelles enclavées, afin de leur proposer de nous les transmettre. Le bois n’étant clairement pas visité régulièrement, encore moins « exploité », nous supposons que ces parcelles ne leur manqueront pas. Cela permettra la simplification du zonage et la suppression des servitudes éventuelles de passage, mais aussi la signalisation de la propriété privée. Pour accéder simplement au bois, nous intègrerons très bientôt un portillon à la clôture nous séparant de cette zone sauvage.

Il nous fallait pouvoir rester plus d’une journée sur place, tout en ayant suffisamment de confort pour se reposer convenablement après une journée de travail. La solution la plus simple était un petit habitat mobile, durable et temporaire, permettant cela. Nous sommes donc partis à la recherche d’une petite caravane d’occasion en bon état et avons trouvé un petit modèle allemand vintage de 1977 sur leboncoin, vendu par des gens à proximité. Après la visite d’usage, nous sommes revenus la chercher un mois après, l’avons garée sous le vieil érable puis bâchée. Elle trouvera sa place définitive dans le garage une fois celui-ci finalisé à l’automne. Cette dame au grand âge a beau être très bien conservée, elle (et ses joints) mérite qu’on la traite correctement, en la plaçant au sec à l’abri des aléas météorologiques. Cela nous permettra de bénéficier d’une double enveloppe isolante lorsque nous y logerons. Selon le temps, les enfants dormiront quant à eux à l’extérieur en mode tente ou belle étoile, ou en mode lit de camp sur la mezzanine bois du futur atelier. Le cri de la chouette, le bruissement des branches, le chant du coq au petit matin, ils s’en réjouissent d’avance ! Il nous faudra aussi installer les réseaux électrique et d’eau dans le garage, mais aussi agrémenter une zone de vie légère avec une cuisine d’été et un bloc sanitaire comprenant douche solaire et toilettes sèches. Ces petits chantiers, prévus initialement cet été, sont donc repoussés à l’automne, voire plus tard en fonction des futurs avancements.

Pour le terrain, en plus d’avoir broyé sur place les bois et rameaux lors du défrichage, nous avons entamé un cycle d’agradation du sol, en y ajoutant de la matière organique. Celle-ci améliorera sa structure et sa texture, réhaussera progressivement son taux de matière organique et rééquilibrera doucement son pH, ramènera de la vie dans le sol aux niveaux bactérien et fongique, augmentera les populations d’insectes et autres décomposeurs nécessaires à la formation d’un humus stable. Cette matière organique se traduit principalement pour l’instant par des apports de compost vert provenant de plateformes à proximité. Ces apports seront effectués deux fois par an : au printemps et à l’automne. Ils seront agrémentés d’apports de broyat et de fumiers, pour autant qu’on puisse en trouver gratuitement alentours. Un agriculteur de la commune est gentiment venu étaler cette première livraison de printemps, le temps pour nous de trouver du matériel d’occasion et le faire nous-même.

Nous avons aussi eu rendez-vous au CAUE du département pour réfléchir aux moyens et façons de réhabiliter la vieille bâtisse. Elle est typique de La Double et du Landais et visible depuis le centre du village, les habitants y sont d’ailleurs attachés. Déjà présente sur les vieux cadastres de 1827, elle abritait encore au siècle dernier des événements communaux comme les marchés aux bestiaux, comme le montre la photo d’archive en noir et blanc. Une chose est sûre, cette bâtisse sera un point incontournable de notre futur investissement des lieux. Cependant, les contraintes et problématiques sont multiples et nous aurons besoin de compétences spécialisées en bâti ancien et techniques traditionnelles : matériaux locaux, biosourcés et perspirants, aspect vernaculaire et objectifs de confort contemporain, empreinte écologique minimum. Les Maisons Paysannes de France nous accompagneront probablement. L’architecte du CAUE nous a fourni un dossier exposant les possibilités les plus pertinentes, ce qui fait grandement avancer nos réflexions.

Un peu fous, nous nous sommes actuellement lancés dans la construction d’une petite serre afin d’abriter nos boutures et autres semis, mais aussi quelques plantes en pot l’hiver prochain. Placée à l’abri d’arbres pour éviter de trop chauffer en été et non loin d’un bâtiment pour être à l’abri des vents dominants en hiver, on devrait normalement minimiser les risques de casse. Mais les derniers évènements météorologiques liés au bouleversement climatique laissent entrevoir des risques désormais récurrents. Gel tardif, canicule, sécheresse, tempête, grêle… les épisodes extrêmes seront de plus en plus nombreux et nous frapperont avec la même désinvolture dont l’Homme fait preuve envers la nature depuis des siècles, probablement jusqu’à ce que sa bêtise et son entêtement le fasse définitivement disparaître.

Ces choses qui viennent

J’ai déjà évoqué pas mal de choses, mais je vais devoir vous reparler de la mare. Créé durant l’hiver dernier, elle s’était alors très vite remplie, pour notre plus grand bonheur. Comportant 3 niveaux, le plus profond se trouve dans l’argile entre 1 et 1,50 m de profondeur. Malheureusement, seul ce niveau est resté en eau à l’apparition des chaleurs et lors des longues pauses pluviométriques. Nous souhaitions éviter d’utiliser un revêtement synthétique pour le fond, espérant secrètement que le volume d’eau reste suffisamment conséquent pour la vie de la mare. Aujourd’hui, avec 6 mois de recul, il s’avère que cela ne suffira pas. L’idée de l’imperméabiliser avec de l’argile nous a traversé l’esprit, mais un spécialiste nous l’a déconseillé car notre sol n’apportait pas les conditions suffisantes pour assurer la réussite. Nous devrons donc bientôt procéder à son vidage afin de positionner un géotextile et une bâche résistante et durable, puis réaménager les abords, la végétaliser et enfin disposer un petit courant à l’aide d’une pompe solaire autonome.

L’automne prochain, nous planifions de construire deux longues treilles en bois à l’écart de la zone habitée pour y planter, à chaque pied, du raisin de table pour l’une et des Actinidia pour l’autre. Pour continuer l’atelier bois, nous espérons pouvoir aussi rebâtir un vieil abri fait de bric et de broc s’effondrant progressivement qui sert actuellement à stocker des matières à évacuer.

L’hiver prochain, nous regarnirons les haies et remplacerons les végétaux qui n’auront pas passé la première année. Si l’inventaire est pour l’instant très encourageant (6% de perte !), la survie de nos jeunes végétaux au-delà de l’été est un gros questionnement. Notre but est d’irriguer le moins possible afin de ne conserver que les sujets les plus résistants. Evidemment, les premières années, nous ne pourrons faire l’impasse sur l’arrosage, mais à terme, nous savons que nous devrons nous en passer. Malgré la présence d’un puits plein sur le terrain, l’eau est une ressource vitale devenant un enjeu particulièrement problématique.

À moyen terme, nous envisageons également de bâtir de nos propres mains au fond du jardin, en lisière de forêt, un abri en bois et torchis, à l’ancienne, avec les matériaux du lieu, accompagnés pour l’occasion par Bruno de l’Épi de Bois chez qui nous avons fait un stage l’an dernier et avec qui nous avons tissé de beaux liens. Peut-être que l’occasion d’un chantier participatif se présentera alors ! On vous en reparlera.

Enfin et surtout, les amis ! Il nous tarde d’inviter tous les copines et copains pour une grande fête champêtre intergénérationnelle. Car c’est en fin de compte la raison d’être de ce lieu : accueillir la Vie, la chérir et la préserver. Un lieu à la nature omniprésente où l’humain a pleinement conscience qu’il en dépend intégralement.

La liste des choses à faire s’allonge sans cesse, mais hormis ce gros chantier qui sera la rénovation de la vieille bâtisse, notre futur lieu de vie, les choses se réduisent progressivement en importance.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas, nous y répondrons avec plaisir 🙂

O.

2 commentaires sur “Un an déjà, la suite”

  1. jacques lassere

    Ca fait plaisir de voir que des jeunes font des projets comme ça à la campagne ! Continuez vous etes bien parti!

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