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Un an déjà

Vue d’une parcelle lors de notre acquisition en juin 2021

Une année, quasiment jour pour jour, que nous signions chez le notaire pour acquérir les droits de propriété de ce bout de terre périgourdine. Pour autant, cette façon de concevoir la propriété d’une miette d’un bien commun nous semblera toujours incongru. Mais nous savons pertinemment qu’aujourd’hui, si on ambitionne de protéger les terres des maltraitances que l’Homme leur inflige sans cesse, il convient alors de passer par cette case administrative et financière. Tant qu’il n’aura pas été renversé, les règles du système perdureront et l’argent roi restera l’un des vecteurs de ces maltraitances. On en est donc réduit à « acheter » des terres pour les protéger, à la façon très engagée de l’ASPAS et ses Réserves de Vie Sauvage tant décriés par les tenants de l’exploitation et de la régulation.

À notre grand dam, nous ne pouvons encore vivre sur place et nous languissons de ce moment tant attendu. Il n’empêche, nous n’avons pas perdu de temps pour mettre nos idées et croquis en action, agençant le terrain aussi souvent que nos agendas nous le permette. De courts mais intenses moments à s’échiner par tous les temps, parfois en faisant appel aux voisins toujours prompts à rendre service, parfois seul ou à deux finissant tard et éreinté, parfois par l’intermédiaire d’artisans.

Comme dans tout projet de ce type, il est évidemment des choses qu’on ferait différemment si nous en avions l’occasion. Dans l’ensemble, quand nous jetons un œil au dessus de notre épaule, le chemin parcouru en seulement un an nous motive efficacement pour la suite. En toute honnêteté, nous avions démarré un peu avant juin. En effet, certaines étapes peuvent s’anticiper durant le laps de temps entre la promesse de vente et la signature officielle chez le notaire, comme évidemment la conception du projet, mais aussi la recherche d’architecte, d’artisans ou de conseillers quand on se fait accompagner. C’est aussi une parenthèse idéale pour commencer les démarches administratives (permis de construire, déclaration préalable…). Quoi qu’il en soit, il ne faut pas faire l’impasse sur l’aide extérieure et l’expertise de certains acteurs. Seul, on va [peut-être] plus vite, mais à plusieurs, on va [effectivement] plus loin. Intelligence et savoir-faire sont démultipliés lorsqu’on la joue collectif.

Il y a les plans… et la réalité

Durant l’hiver froid et pluvieux 2020-2021, contre toute attente, nous trouvions ce terrain. On le raconte en détail dans l’article Les bases de notre projet. Sitôt le propriétaire de l’époque décidé à nous le transmettre, sitôt nous avons esquissé les grandes ligne du projet : habitat, zones sauvages, ornementales, cultivées, hybrides, espaces de circulation… Partir d’une feuille en partie vierge reste encore aujourd’hui un exercice haletant. Nous avons rapidement cherché un architecte pour nous accompagner sur la création d’un garage atelier qui viendrait remplacer une maisonnette insalubre. Nous pensions à cet instant n’avoir ni les capacités ni les connaissances pour appréhender ça correctement et nous le regrettons aujourd’hui car cette collaboration, malgré les bons avis recueillis sur ce professionnel, ne fut pas fructueuse : conseils datés, pièces de permis approximatives, suivi de dossier bâclé, mission finalement abrogée.

La maisonnette que nous démolirons bientôt. Une dame y vécut tant bien que mal pendant des années.

Dans la suite de cette mésaventure, les cours du bois entamaient une course effrénée vers des sommets dissuasifs. Les premiers devis des artisans nous ont contraint à abandonner notre idée initiale pour ce garage atelier. Il nous a fallu revoir les plans en profondeur et fortement diminuer le cubage de bois, abandonner le principe de la structure poteau poutre auquel nous étions attachés. Vouloir s’extraire des turpitudes financières du monde ne se ferait pas en un jour et nous réalisions que notre dépendance serait un frein encore un sacré bout de temps. Les volumes du bâti furent simplifiés pour arriver à une forme rectangulaire plus standardisée. Un critère sur lequel nous n’avons jamais transigé : l’aspect esthétique extérieur, qui devait rester dans l’esprit vernaculaire de l’habitat local, à savoir l’incrustation dans le vocabulaire du bâti de Dordogne et typique de La Double et du Landais. Hors de question pour nous de dénoter par anachronisme éphémère ou manquer de respect à l’histoire des lieux. Trop de constructions sans âme, sorties d’un catalogue de constructeur pavillonnaire lambda, dénaturent nos campagnes. À l’image des centres-villes uniformisés d’aujourd’hui, aux enseignes insipides internationalement reconnues, les zones rurales tendent à se ressembler avec leurs lotissements, leurs zones commerciales et leurs étendues cultivées au bocage disparu. Nous y avons grandit, nous sachons.

Le terrain se compose de plusieurs petites parcelles, aux découpages alambiqués issus de transmissions familiales probablement compliquées. C’est ainsi par exemple que nous nous retrouvons avec une partie boisée dans laquelle, lorsqu’on y erre, on ne sait pas chez qui on est : ni borne, ni marqueur paysager, ni réseau. Cela peut être problématique pour de nombreuses raisons, comme par exemple la cueillette sauvage ou l’implantation de nouveaux végétaux…

La remise des clés, quant à elle, se résumait à deux cadenas : un vieux portail rouillé et une porte de grange brinquebalante ; ainsi qu’une maisonnette inhabitable envahie par les petits animaux et la végétation.

Les beaux jours de l’année 2021 furent bien occupés, principalement au nettoyage. De nombreux dépôts de matériaux avaient été oubliés sur place : tuiles, gravats en tout genre, métaux, outils agricoles, bâches, cordelettes synthétiques, grillages… Beaucoup de ces tas étaient masqués par la végétation lors de nos visites initiales et nous avions franchement sous-estimé l’ampleur de la tâche. Ajouté à cela, certaines parcelles avaient été cultivées en vignes pendant des années avant d’être laissées à l’abandon pendant une génération. Les structures portantes composées de poteaux à moitié décomposés, garnis de cavaliers rouillés et de fils métalliques, étaient complètement ensevelies sous un champ de vignes qui avaient marcotté dans tous les sens. Impossible de passer un quelconque outil mécanisé au risque de le casser. Ces parcelles étant en stade préforestier, nous avons aussi dû défricher la forêt naissante dans ces vignes (chênes et pins en majorité). Nous avons conservé les plus beaux spécimens pour réduire notre impact sur le micro climat et la biodiversité de ce petit écosystème. Tout ce travail fut manuel… des heures d’intervention.

Vue d’une parcelle défrichée à la main

Techniquement, nous avons fait sonder le sous-sol à l’endroit où nous souhaitions bâtir le garage atelier. Un bureau d’étude géotechnique nous a conseillé sur la meilleure façon de penser les fondations. Ces recommandations sont incontournables pour les artisans et les assureurs, cela permet d’éviter les mauvaises surprises, surtout en terres argileuses soumises au gonflement et à la rétractation saisonniers. Nous avons aussi effectué de nombreux prélèvements de sol à différents endroits des parcelles que nous destinions à la culture pour les faire analyser dans un laboratoire et ainsi obtenir en retour un rapport exact sur la composition et la santé du sol, un guide précieux pour plusieurs années.

Durant l’automne, il nous a fallu clôturer une partie des parcelles. Pour cela, nous avons opté pour une clôture forestière, empêchant la grande faune de passer, mais pas la petite. Les grandes mailles progressives du grillage bloquent uniquement les sangliers, les chevreuils et autres cervidés qui sont ainsi maintenus à l’écart. Nos parcelles boisées resteront libres d’entrave, c’est un choix délibéré. Nous ne souhaitons pas interdire aux grands mammifères de circuler à leur guise aux alentours, pour la simple et bonne raison qu’ils doivent pouvoir de mouvoir le plus librement possible pour se nourrir et se reproduire, mais aussi s’échapper. Lors du chantier, le sous dimensionnement de l’outillage a entraîné une dégradation des matériaux, mais aussi un léger souci de planning qui nous a forcé à décaler un autre chantier de quelques semaines, celui de la plantation des haies. De décembre à janvier, il nous aura fallu au total 5 journées entières pour préparer, amender, planter et protéger les 115 arbustes champêtres, défensifs, comestibles et/ou mellifères, caduques ou persistants, venant de pépinières locales, produits nous-même ou transplantés.

Parallèlement au « jardin », les démarches administratives du bâtiment nous prenaient du temps. Sans accompagnement cette fois-ci, nous avons travaillé nous-même sur un nouveau permis de construire, qui nous a été accordé. Nous avons fait terrasser un accès véhicule pour relier un chemin communal alors usité uniquement par un agriculteur voisin, tandis que nous avons fermé le précédent qui, par sa configuration, ne permettait pas le passage optimal de gros véhicules. Cela posait problème en vue des travaux de construction et d’interventions agricoles. Toujours en terrassement, nous en avons profité pour recréer une mare à l’endroit bas d’une parcelle, là où la végétation trahissait un passé humide. Sur certains plans napoléoniens découverts récemment se trouvait un point d’eau, refermé ou comblé depuis. Celle-ci accueillera tout un cortège de biodiversité et permettra à de multiples insectes et animaux d’y trouver le gîte et le couvert.*

Au sortir de l’hiver dernier, nous y voyions déjà plus clair et pouvions plus facilement nous projeter dans ce lieu !

* Éric Lenoir, connu pour son Traité du jardin punk, a aussi écrit Créer simplement un bassin de jardin, chez Ulmer, un ouvrage que nous conseillons. Agir pour la nature au jardin édité par la Salamandre, est aussi un petit guide très utile qui regorge de bonnes idées !

O.

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